Une échelle en cinq états, entre « ne pas mourir » et « exister »
« Ça va ? » On me pose cette question dix fois par jour. Pendant des années, j'ai répondu « ça va » en sachant que c'était faux — ou du moins très incomplet. Quand on vit avec une maladie, une douleur qui dure, une dépression ou de l'anxiété, on ne tient pas un seul état dans la journée. Le matin je survis, à midi il y a un élan, à dix-sept heures je suis en alerte. « Ça va » écrase tout ça.
Ce n'est pas qu'une affaire de vocabulaire. Quand je ne peux pas nommer où j'en suis, je m'engage sur ce que je ne pourrai pas tenir, je m'épuise à faire semblant, et mes proches devinent — souvent mal. Je passe alors mon énergie à expliquer, à minimiser, à me justifier : exactement l'énergie qui me manque.
J'ai créé cet outil parce que je n'arrivais jamais à répondre à la question « ça va ? ». Face à la maladie, la douleur, la dépression ou l'anxiété, nous traversons tant d'états en une seule journée. J'en ai distingué cinq, entre ne pas mourir et exister. Toutes les nuances entre les deux existent aussi.
Ma boussole, qu'est-ce que c'est
Ma boussole est la version grand public de l'échelle existentielle, l'outil clinique que j'ai développé dans ma pratique de gestalt praticienne pour ajuster l'accompagnement à l'état réel de la personne, et dont je parle dans mon article sur la douleur chronique. Ce qui servait en séance, j'en ai fait quelque chose qui tient dans une poche.
Le principe est simple. Je lis une liste de mots ordinaires — « épuisé·e », « en tension », « avec des envies » — et j'en coche jusqu'à trois. L'aiguille se place sur l'un des cinq états. Trente secondes, aucun compte à créer, aucun score sur dix.
Elle me rend trois choses : le nom de l'état où je suis maintenant, deux ou trois actions à ma taille dans cet état, et une phrase prête à montrer à un proche ou à un soignant — avec ce qui aide, et ce qui n'aide pas. Elle existe en version interactive et en dépliant à imprimer, à garder sur soi ou à afficher.
Ce n'est ni un test ni un diagnostic. C'est une météo intérieure, à relire autant de fois qu'on veut dans la journée. La boussole accompagne un suivi thérapeutique, elle ne le remplace pas.
Les cinq états, de « je suis en alerte » à « j'existe »
Les cinq états décrivent des façons différentes d'être là, que le mot « vivre » confond. On passe de l'un à l'autre selon les jours et les forces. Aucun n'est meilleur qu'un autre : il n'y a pas de zone à atteindre, pas de progression à réussir.
je suis en alerte
Survie, sidération. La sécurité et le repos d'abord.
je survis
Pilote automatique. L'enjeu : s'économiser.
je tiens
J'endure, mais ça coûte. Poser des limites.
je vis
De l'élan. J'explore et j'essaie, à mon rythme.
j'existe
Présence pleine. Je savoure l'ici et maintenant.
Les cinq états de « ma boussole », de la zone la plus tendue à la plus ouverte. Concept et outil : Florence Jeux — florencejeux.fr — 2026.
Se trouver entre deux états est le cas le plus fréquent. Ce n'est pas une erreur de lecture, c'est une information : elle dit qu'un mouvement est en train de se faire, dans un sens ou dans l'autre.
Ce que la boussole change au quotidien
Nommer son état sert à trois choses très concrètes, et c'est pourquoi l'outil tient en trois étapes.
01 · me situer
Je coche les mots qui sont vrais maintenant, pas ceux qui le sont « en général ».
02 · ajuster
Chaque état propose des actions à ma taille. Une seule suffit : annuler, ralentir, ou essayer.
03 · le dire
Une phrase à montrer à un proche, un aidant ou un soignant, avec ce qui aide vraiment.
C'est la troisième étape qui surprend le plus les personnes qui l'utilisent. « Je tiens, mais c'est difficile » dit en six mots ce qu'on n'arrive pas à expliquer en un quart d'heure. Surtout, la conversation change de nature : au lieu de convaincre l'autre que ça ne va pas, je lui donne quelque chose d'utilisable.
Me croire quand je dis que c'est dur. Ne rien attendre de moi aujourd'hui. Arrêter de dire « mais tu gères ». Accepter que je dise non. Chaque état a ses demandes propres — et les nommer épargne à l'autre le travail de devinette qui, souvent, l'éloigne.
Quand l'utiliser
Au réveil, pour savoir à quoi va ressembler la journée. Avant un engagement, pour décider en connaissance de cause plutôt que par habitude. Quand ça tangue, pour retrouver un repère. Avant un rendez-vous médical, pour ne pas improviser devant quelqu'un qui n'a que dix minutes. Si la réponse change deux heures plus tard, c'est normal : la douleur fluctue, la fatigue fluctue, et l'outil est fait pour fluctuer avec elles.
version grand public
Essayer ma boussole
Je coche mes mots, l'aiguille se place, j'obtiens mes actions et ma phrase. Et un dépliant à imprimer et garder sur soi.
version clinique
L'échelle existentielle, côté clinique
Le cadre théorique : les cinq états, la triade honte — solitude — peur, la question du seuil, et comment s'en servir en séance.
Florence Jeux
En cas d'urgence
3114 — prévention du suicide, 24h/24, gratuit.
15 — SAMU, urgence médicale (112 en Europe).
114 — par SMS, pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Ma boussole accompagne un suivi thérapeutique, elle ne le remplace pas.


