J'apprends à m'assoir

Image évoquant une chaise jambes croisées la pause et la présence à soi — article sur la posture thérapeutique par Florence Jeux

Il y a une chose que je fais souvent avec les personnes que j'accompagne.

Je les invite à s'asseoir.

Dit comme ça, ça peut sembler banal. Presque inutile.

Et pourtant, pour beaucoup, c'est déjà un apprentissage.

S'asseoir, vraiment. Pas juste poser son corps sur une chaise, mais être là, dans ce qui se vit, sans faire, sans résoudre, sans avancer tout de suite.


S'asseoir, ce n'est pas s'arrêter

On confond souvent s'asseoir avec l'idée de renoncer, de ralentir trop, de perdre du temps.

Dans une société qui valorise l'action, la performance et le mouvement permanent, ne rien faire peut vite être vécu comme une faute.

Alors on reste debout, mentalement. Même assis, on continue de courir. On pense à la suite. À ce qu'il faudrait déjà comprendre. À ce qu'on dira après. À ce qu'on devrait ressentir autrement.

S'asseoir, ce n'est pas s'arrêter la vie. C'est lui faire de la place.


Le corps arrive avant les mots

Souvent, quand quelqu'un arrive en séance, le corps est déjà en tension. Les épaules hautes. La respiration courte. Le regard qui cherche quelque chose à quoi se raccrocher.

Avant même de parler, il y a un ajustement à faire : trouver comment le corps peut se poser, ne serait-ce qu'un peu. Les pieds au sol. Le dos soutenu. La respiration qui se laisse aller, sans consigne particulière.

Ce sont des micro-mouvements, presque invisibles. Mais ils changent tout.

Quand le corps peut s'asseoir, quelque chose en dedans commence à se déposer.


S'asseoir avec ce qui est là

Apprendre à s'asseoir, c'est aussi accepter de s'asseoir avec ce qui est présent, même si ce n'est pas confortable. La fatigue. Le doute. La tristesse. L'agacement. L'impression de ne pas savoir.

On aimerait souvent que ces états passent avant de pouvoir se poser. Mais c'est souvent l'inverse qui se produit.

C'est en s'asseyant avec eux — sans les pousser, sans les expliquer trop vite — qu'ils peuvent se transformer.

S'asseoir, ce n'est pas analyser. Ce n'est pas comprendre immédiatement. C'est rester en contact.


Résister à l'envie de faire autrement

Il y a, chez beaucoup de personnes, une grande habitude : celle de vouloir faire autrement que ce qui est là. Changer. Améliorer. Corriger. Optimiser.

Même dans un cadre thérapeutique, cette envie est présente : « Je devrais déjà aller mieux. Je devrais ressentir autre chose. Je devrais comprendre plus vite. »

Apprendre à s'asseoir, c'est parfois résister doucement à cette injonction. Rester là. Un peu plus longtemps que d'habitude. Juste assez pour sentir ce que ça fait.


Un geste simple, un apprentissage profond

S'asseoir peut devenir un geste intérieur. Un repère. Dans une journée chargée. Au milieu d'un conflit. Face à une décision difficile.

Ce n'est pas spectaculaire. Ce n'est pas visible. Mais c'est souvent là que quelque chose se réorganise.

Quand on s'assoit, on cesse de lutter contre soi-même. On commence à se rencontrer.


S'asseoir ensemble

En séance, je n'apprends pas à quelqu'un comment s'asseoir. Je m'assois avec.

C'est un processus partagé. Un rythme qui se trouve à deux. Un espace où rien n'est à réussir.

Et parfois, après un temps, quelque chose se dit. Ou se ressent. Ou se clarifie. Mais ce n'est jamais forcé.


Apprendre, encore et encore

Apprendre à s'asseoir, ce n'est pas acquis une fois pour toutes. C'est un mouvement qui revient, différemment, selon les moments de la vie.

Il y a des périodes où c'est facile. D'autres où c'est presque impossible. Et c'est ok.

L'essentiel, peut-être, c'est de savoir que cet endroit existe. Qu'on peut y revenir. Qu'il n'est pas dangereux.

S'asseoir, ce n'est pas abandonner. C'est habiter.


Florence Jeux

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